Marie Renaudin
J’ai vécu mon enfance sur une planète solitaire.
Au centre du monde de la surdité de mes parents et du monde entendant, ma langue maternelle fut silencieuse, solitaire, gestuelle, secrète, ma langue orale fut fortement stimulée.
Je garde le souvenir de moments de pose à rêver et regarder.
Je me souviens de ma concentration pour dessiner et peindre depuis toujours.
Il y a eu les impossibles, la pression pour être dans le rang, être sage, gagner ma vie à tout prix, faire utile, l’abandon de mes rêves d’études artistiques, de voyage, de reportage et de création.
Mais toujours là au fond de moi est resté le désir de créer.
Un jour enfin, j’ai franchi la porte d’un atelier de peinture, puis celle d’un atelier de gravure.
Essayer, essayer encore, et un jour savoir que le papier, le bois, le fil, l’encre, sont pour moi l’origine de mes émotions premières, le chemin que je veux suivre.
Mes années de travail solitaire dans l’atelier sont devenues une réalité dans le temps.
Chaque création peut être un départ vers une vision nouvelle, vers une émotion, vers des barrières qui tombent, un carcan qui se libère, un monde où l’on peut trouver une paix intérieure.
J’ai pris conscience que les interdits de ma jeunesse m’ont donné une grande liberté.
Être artiste c’est pour moi, vivre une passion, une nécessité, c’est oser partager mon intimité, c’est douter et pourtant avancer, avoir l’esprit toujours en ébullition, partager le reflet de mon ressenti sur l’environnement, sur la nature que j’aime.
Ce qui était en moi est resté : être artiste.